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vie privée Archives - Génération Z, qui sont-ils

Étiquette : vie privée

  • Si les médias sociaux mettaient en exergue les évolutions de la vie privée

    En 2010, les cahiers dynamiques, la revue professionnelle de la Protection Judiciaire de la jeunesse m’avait demandé d’écrire un article sur les médias sociaux et les jeunes, pour son dossier Nouveaux médias, Nouveaux jeunes. Le titre de mon article était Et si les médias sociaux mettaient en exergue les évolutions de la vie privée autrement nommé Médias sociaux et évolution de la vie privée.

    Toutefois, je ne résiste pas à reproduit un extrait de l’introduction ajouté à l’époque 😉 «Sur un ton très personnel, il (Eric Delcroix) repose le problème de l’utilisation des réseaux sociaux. Sur le mode de la responsabilité, des jeunes et… des adultes.»

    à vous de juger 😉 Cela fait aussi parti de ce que j’explique dans les conférences Parents enfants Internet.

    Souvent, lors de conférences, dans la presse, à la télévision… les dangers des nouveaux médias et l’ensemble des nouvelles technologies numériques sont mis en avant. Ainsi, il est de coutume de focaliser sur les dangers de Facebook, sur les dérives dans les blogs des jeunes (Skyrock, ex. Skyblog)…

    Mais, ne sommes-nous pas en train d’exagérer cette dangerosité ? Le propos n’est pas de dire qu’il n’existe pas de dangers sur Internet (d’ailleurs, il devient désormais nécessaire d’éduquer nos enfants comme nous leur inculquons le code de la route pour apprendre à traverser la rue par exemple) mais cela n’est pas propre aux nouvelles technologies de l’information… Ce ne sont après tout que des outils qu’il est nécessaire d’apprendre à manipuler.

    Mais revenons aux jeunes en général sur la toile et les réseaux. Il y a plusieurs manières d’aborder le sujet… Par le petit bout de la lorgnette, cela consisterait à écrire : le comportement des jeunes sur les réseaux en général est dangereux.

    Mais, la réalité est beaucoup plus complexe et met en jeu différentes composantes. Outre des problèmes de législation (on ne peut pas publier ce que l’on veut sur Internet, on ne peut pas utiliser ce que l’on trouve sur Internet comme on le désire à cause des droits d’auteur entre autres), des notions de liberté individuelle, de vie privée et de valeurs morales sont à évoquer et à analyser.

    La première question que l’on peut se poser dans ce rapport du jeune aux nouveaux médias est la présence de l’adulte. Prenons le cas des professionnels : enseignants, encadrants de jeunes… Avons-nous le droit comme professionnel d’avoir accès aux données et d’intervenir, notamment à un niveau de prévention auprès de ces jeunes.

    Évidemment, la réponse qui semble normale serait de répondre oui. Nous avons un devoir en tant qu’adulte de guider ces jeunes à « la dérive » sur le net. Mais, car il y a un mais…

    La présence des adultes sur internet en relation avec des jeunes

    cahiers dynamiques Si les médias sociaux mettaient en exergue les évolutions de la vie privée
    dans les cahiers dynamiques Si les médias sociaux mettaient en exergue les évolutions de la vie privée en 2010

    Pour explorer ce « mais » inversons les rôles. Parlons des profils et comportements des adultes sur ces réseaux sociaux et autres médias sociaux. Cette fois ce sont les jeunes qui observent le comportement des adultes !

    La question que l’on peut se poser (outre le non-respect par la plupart des internautes y compris de la part des enseignants et des professionnels de l’enfance et des jeunes des règles concernant notamment les droits d’auteurs), la question est de savoir si un encadrant par exemple peut laisser son profil Facebook ouvert à tous.

    Soyons plus précis. Prenons l’exemple d’un professeur de sport, aficionado des troisièmes mi-temps qu’il est fier de publier dans son compte Facebook, photos et commentaires à l’appui, avec toutes les dérives qui sont acceptables pour un adulte : alcool, sexe…

    Nous sommes ici confrontés à la notion de liberté individuelle. D’ailleurs aucune loi n’existe dans le domaine. Le droit de réserve ne s’applique pas sur ces domaines dès lors qu’il s’agit de sujets privés. Aucune charte déontologique à ma connaissance ne fournit d’explication sur le comportement à observer.

    De quel droit pouvons-nous donc interdire à une personne de « fermer » son profil en fonction de son activité ! Cela s’entrechoque avec la protection des jeunes. Comment un jeune interprète-t-il des images ou des textes, traités parfois au second degré, mis en ligne dans un profil d’adulte…

    C’est en âme et conscience que les uns et les autres doivent se comporter. Mais, la vision sur cette notion de bien et mal, de limite dans ces libertés individuelles, chacun en reste juge et maître.

    Évidemment, les jeunes avec qui cet adulte est en contact apprennent très vite l’existence de son profil (par simple curiosité, les jeunes comme les internautes en général effectuent une recherche sur leurs connaissances dans les réseaux y compris avec des outils comme 123people).

    La relation parents–jeune sur le net

    L’accès des différents éducateurs des jeunes aux contenus que publient les jeunes est à décomposer. Le parent est le premier adulte qui est confronté à cette problématique de l’accès à l’information diffusé par les enfants et les jeunes !

    Le rôle du parent est primordial car c’est des parents que viendront les premiers apprentissages, comme dans l’image du code de la route utilisé plus tôt. Pour certains de ces jeunes enfants, ils voient leurs parents naviguer et utiliser les services d’Internet… et ils s’en inspirent. N’employons nous pas les passages protégés avec les enfants pour traverser une rue… Pourquoi en serait-il autrement sur Internet ? Les parents ont ce rôle d’éducateur à assumer désormais.

    Il est entendu que tous les parents ne sont pas des utilisateurs d’Internet. Mais, là encore, ce n’est pas une excuse. Les parents doivent apprendre à gérer l’utilisation d’un moyen de communication relié aux réseaux : ordinateurs, téléphone portable et demain l’arrivée des tablettes comme l’Ipad…

    Il est évident pour les spécialistes que nous sommes que l’ordinateur avec sa webcam intégrée n’a rien à faire dans la chambre d’un enfant, d’un pré-adolescent… D’autres comportements dans l’emploi et l’organisation de la vie de tous les jours des machines et de l’usage et de l’emploi des réseaux doivent être « enseignés » par les parents, mais ce n’est pas le propos ici.

    Autre question à laquelle sont confrontés les parents lorsque les enfants grandissent (d’ailleurs, les parents seraient parfois bien inspirés de ne pas inscrire eux-mêmes bien avant l’âge indiqué leurs enfants dans des réseaux, y compris les jeux, qui possèdent un âge limite d’inscription) devons-nous être ami avec nos enfants sur les réseaux.

    Entre l’hyper protecteur (qui sur les réseaux sociaux est ami de ses enfants afin de surveiller ce qu’ils font et qui ils fréquentent) et le parent hyper « libéral » (vit ta vie mon enfant sur le net… je ne te surveille pas), il existe un monde intermédiaire beaucoup plus nuancé. La vérité se trouve certainement dans ces nuances selon l’âge du jeune, la maturité du jeune, l’éducation des uns et des autres (enfants et parents)…

    Et la question reste donc sans réponse puisque nous n’avons pas, les uns et les autres le recul nécessaire pour savoir ce qui est « bien » ou « mal » dans le comportement à adopter. Donc, le problème de notre interventionnisme est complexe à aborder en quelques lignes.

    Autre aspect de la relation parents enfants, la frénésie avec laquelle la plupart des jeunes se retrouvent sur ces réseaux. Le lien entre le comportement des parents reprochant à leurs enfants d’être constamment rivés à un écran sur les réseaux sociaux, mais, qui pour avoir la paix, ont mis les enfants devant les ordinateurs avec un jeu dans le passé mériterait d’être étudié. Désormais, le parent prête son téléphone pour que l’enfant joue et dans la période précédente, c’était la télévision.

    Comment un parent peut-il expliquer que l’usage de l’ordinateur est une nécessité pour l’enfant en bas âge (cela est certainement perçu comme tel par les enfants), alors que quelques années plus tard, l’ordinateur devient le diable ? Quelle différence pour les jeunes… Ils sont toujours derrière un écran !

    Et je ne parle même pas des notions de communauté, de groupe, d’appartenance, de mode… qui interfèrent dans la perception des outils de communication par les jeunes. Ils pensent trop souvent êtres seuls avec leurs copains sur ces réseaux, sans conscience de la présence des autres.

    Et pour les professionnels de « l’enfance »

    Reste les éducateurs de tout ordre qui sont en relation avec les enfants et les jeunes : enseignants, éducateurs spécialisés, animateurs socio…

    La première question que l’on peut se poser dans ce cas est : avons-nous le droit ou le devoir d’être « amis » dans le sens de contact avec les jeunes dont nous avons partiellement la responsabilité.

    C’est déjà un vieux débat, presque depuis l’arrivée du courrier électronique. En effet, même si les professionnels rechignent à se mettre en contact avec les jeunes dans les réseaux sociaux, cela ne leur pose aucun cas de conscience d’échanger les adresses de courrier électronique.

    Pourtant, à l’aide de cette adresse électronique, l’adulte peut pénétrer dans la vie privée du jeune plus ou moins involontairement. Il suffit de considérer que le temps en dehors des périodes de « rencontres » officielles (par exemple, pour un enseignement, hors temps scolaire) fait partie de la vie privée d’un jeune.

    Ainsi, pour continuer l’exemple de l’enseignant, il peut avoir dans sa liste de contact MSM (le chat de Microsoft) l’adresse de son (ses) élèves. Quelle réaction l’enseignant doit-il avoir alors qu’il s’aperçoit qu’un ou plusieurs de ses élèves sont présents dans le réseau à une heure avancée de la soirée (voire de la nuit) et que le(s) mêmes individus le lendemain prétexte une maladie ou autre pour ne pas avoir eut le temps de travailler sur leurs devoirs ? L’enseignant a-t-il le droit et/ou le devoir d’intervenir ? N’entre t-il pas dans la vie privée de l’élève ?

    Allons plus loin dans notre raisonnement. Le professionnel est ami de jeunes dont il s’occupe. Souvent, dans ce cas, les jeunes n’ont pas adapté ou verrouillé leur profil en fonction des sphères de connaissances qu’ils possèdent !

    D’ailleurs, j’ai déjà entendu dire que certains professionnels demandent à être ami avec « leurs » jeunes dans le dessein de jouer au grand frère ou à la grande sœur.

    Autres cas, comme cet enseignant qui crée un blog pour et avec ses collégiens, avec l’ordre de ne rien dire aux parents !

    Les deux exemples précédents ne semblent pas êtres les bonnes directions et ces comportements semblent malgré tout marginaux. En effet, les cas de voyeurisme des adultes vis-à-vis de ce que diffusent les jeunes dont ils s’occupent sont assez difficilement imaginables ne serait ce que par les autres activités et relations du professionnel. Il est difficile de surveiller spécifiquement les activités des jeunes qui sont souvent noyés dans la masse des contacts !

    Les adultes, au même titre que les parents sont souvent dépourvus devant la vague de fond dans cette évolution du changement de communication insufflé par les médias sociaux. D’ailleurs, souvent, lorsque l’on évoque ce genre de sujet devant une assistance de professionnels, le réflexe est souvent de réclamer une formation… Tiens donc… Mais, on y reviendra.

    Notre rôle en devenant l’un des contacts de l’un des jeunes dont on s’occupe est de se comporter comme les autres contacts ! Nous ne sommes pas là pour être censeur, ni pour examiner à la loupe les dérives… Nous pénétrons souvent dans la vie privée d’un individu, ne l’oublions pas.

    D’ailleurs, la plupart du temps, ce n’est pas pour nous faire pénétrer dans sa vie privée que le jeune s’affiche à nos côtés. Parfois, c’est plutôt parce qu’il espère pouvoir « frimer » d’avoir untel ou untel dans son profil (ne soyons pas dupe, les réseaux sociaux sont aussi un moyen de combler le besoin de reconnaissance… y compris chez les adultes avec la mise en avant de la e-réputation et du personal branding). Dans d’autres circonstances, c’est simplement parce que les médias sociaux sont le moyen de communication qu’il privilégie…

    Les évolutions inéluctables de la société

    Nombre des problèmes qui sont évoqués actuellement sur le comportement des jeunes sur les réseaux sont souvent des jugements de valeurs ou des jugements moraux ou encore une méconnaissance de l’environnement dans lequel évolue le jeune.

    Prenons quelques exemples pour illustrer tout cela… Le but n’est pas de dire : c’est bien ou c’est mal ! C’est juste une mise en perspective et mon propos n’est pas d’approuver ou de désapprouver le comportement des jeunes sur le net dans ces aventures, juste de se mettre dans la peau d’un jeune d’aujourd’hui…

    On critique les jeunes qui publient les images des enseignants pendant leurs cours. Le premier souci est que désormais il est simple avec un téléphone portable de prendre une image quels que soient le lieu et les circonstances ! À mon époque, moi aussi je l’avoue, j’ai pris quelques enseignants en photo pendant les cours ! Jamais à l’époque de mon adolescence au lycée dans la fin des années 70 je n’aurais imaginé que cela était interdit ! En étant adulte maintenant je sais !  Ces photos ont circulé dans la classe à l’époque. Mais, il n’y a pas eu d’autres diffusion…

    C’était une bêtise de jeune comme tant d’autres. Si j’étais lycéen dans notre monde actuel, je posséderai certainement un compte Facebook, un blog sur Skyrock… et je diffuserai à l’attention des amis mes photos « uniques » sur le réseau… J’ai bien écrit mes amis. Parmi les jeunes qui m’entourent, aucun n’a conscience que ce qu’ils publient sur Internet (pas seulement sur Facebook et autres réseaux sociaux) peut-être consulté par n’importe qui !

    Les seules personnes qui leur disent qu’il y a danger le font sur le mode de la censure sans autres formes d’explication… D’ailleurs, dans le fond, est ce que les adultes sur Internet font mieux ? Est-ce qu’ils ne diffusent pas parfois ce qu’ils ne devraient pas ? Où est l’exemple pour le jeune ?

    Dans le même registre, toujours pendant mes études dans la cour de récréation de l’école, du collège, du lycée… combien de fois ais-je « insulté » un enseignant, l’établissement… avec les copains autour de moi. Le premier qui ne l’a pas fait me jette la pierre. Les réseaux sociaux sont la « cours de récréation » moderne !

    Et comment expliquer qu’il est interdit de professer menace et insulte lorsque (je prends le pire exemple) nous avons un Président qui est filmé en jurant : « Casse-toi alors, pauvre con… » à une personne et que la vidéo fait le buzz sur le net ?

    Si j’étais à l’époque d’aujourd’hui… dans la société « m’as tu vu » dans laquelle nous sommes et en voyant ces exemples je publie évidemment sur mes médias sociaux ce que je disais en cours de récré à mon époque ! Déjà, les copains sont informés, comme dans la cour de récré et j’espère que cela fera le buzz puisque ainsi je serai connu ! Ah bon, c’est interdit ? Pourquoi ?

    À mon époque (cela fait grand père qui rabâche sa jeunesse), on ne diffusait pas d’image de sexe ou à caractère plus ou moins sexuel. Pour simplifier, on ne se prenait pas partiellement ou complètement nu pour exposer ses photos aux amis ! Enfin, soyons plus précis, nous n’avions pas de support pour le faire ! Et puis, à l’époque, la nudité et le sexe étaient indécents. Rappelez vous c’était la période où l’on se « refilait » les revues spécialisées sous le manteau.

    Entre temps, les mœurs ont changé ! Il y a quelques années, un sex-toys était offert dans un magazine grand public. Impensable à mon époque.

    Des photos d’une championne de natation ont fait le tour du net. Beaucoup de blogueurs influents, des adultes, n’ont pas cessé de faire grimper la fréquentation de leur site grâce à cette annonce… Cela n’a pas choqué grand monde.

    Une fois « l’affaire » terminée, ce n’est pas sur la championne que les reproches se sont reportés (version officielle, elle a droit à sa vie privée) mais sur la personne qui avait diffusé les images… qui avait pris l’initiative de la mise en pâture ! De mon temps, la nageuse aurait subi les vindictes de la foule…

    Maintenant, je me mets à la place d’un jeune d’aujourd’hui. Au regard de cette histoire, mais il en existe de nombreuses du même type sur Internet, qu’est ce que cela signifie… J’ai le droit d’être pris en photo dénudé (avec ou sans connotation sexuelle), c’est dans le cadre de ma vie privée et les contraintes morales différentes ! Et puis, je peux diffuser ces images (ou des vidéos) sur Internet… puisque les autres le font, même les vedettes (On pensera à Paris Hilton pour les vidéos). N’oublions pas que pour la majorité des jeunes, sur Internet seuls leurs amis connaissent et visualisent leur présence.

    Et puis, même si cela ne doit pas être une excuse, les autres le font. Pourquoi pas moi !

    On constate au travers de ces trois historiettes deux choses : d’un côté, la société a évolué, de l’autre Internet a modifié nos comportements et nos usages.

    Le monde évolue, change. À chaque passage d’une génération à l’autre, l’une des frictions a été les écarts de pensée entre les « vieux et jeunes cons ». Je vous conseille la lecture de deux articles sur le sujet dans Internetactu ou LeMonde.fr : La vie privée, un problème de vieux cons ? et le point de vue des « petits cons« . En effet, les jeunes internautes ont des notions de vie privée et de vie publique très différente de celles de leurs aînés.

    Au-delà de cette notion de vie privée différente avons-nous les mêmes valeurs morales ? J’en doute. À cela s’ajoute également les évolutions sur Internet. Depuis l’arrivée d’Internet, nous avons connu là aussi différentes phases notamment le passage du Web 1 au Web 2 que l’on pourrait résumer par l’apparition des notions de partage, de collaboration et d’interactivité.

    Arrêtons nous sur le verbe partager ! Je posais à des étudiants de Master 2 : « est ce que cela vous paraît normal de partager vos photos sur Internet ? » La réponse fut sans équivoque ! « Oui, sauf celles qui nous sont privées. » On tourne en rond et l’on en revient à cette notion de privatif ! Qu’est ce qui est privé pour les uns et les autres !

    Alors, oui, ces jeunes impudiques, voire exhibitionnistes, qui nous acceptent ou non comme contact sur Internet considèrent que nous avons les mêmes valeurs qu’eux sur la moralité, sur les notions de vie privée… Difficile à partir de ce moment-là d’avoir le droit de juger leur comportement, à partir de quel moment y a t-il dérive… , car il y a fort à parier que ces situations tendront à se banaliser.

    Cela n’inclut évidemment pas les dérives répréhensibles, contraires aux lois… où tous les acteurs doivent rester vigilants à tous les niveaux…

    Pour tenter d’amoindrir les effets négatifs de ces évolutions de notre société sur Internet, certains explorent des pistes comme la mise en place d’un contrat de confiance entre les internautes et les acteurs du web comme panacée (voir par exemple le dossier de regardssurlenumerique.fr sur le sujet).

    Cependant, et cela est mis en exergue tout au long de cet article, ce qui manque avant tout, c’est l’explication et la formation des jeunes (mais pas seulement eux), qu’ils apprennent à s’autocensurer, s’auto protéger et assumer leurs publications tout en sachant que la toile n’est pas un espace anodin et de non droit.

    La question que l’on peut se poser est comment communiquer de nos jours ? Comment prévoir, cibler, gérer son image et ses messages ? Bref, l’évocation du personal branding (travailler sa notoriété personnelle pour acquérir une plus grande crédibilité) prend tout son sens pour l’avenir de ces jeunes à la dérive ou non, tout en sachant qu’il n’est pas « obligatoire » ni toujours nécessaire pour exister de posséder une personnalité publique pour l’instant.

  • vers une redéfinition de la vie privée : génération Z et nudisme social ?

    sex@mour
    génération Z et nudisme social abordé par le livre Sex@mour ?

    Il est toujours difficile de faire de la prospective sans tomber dans le fantasme ni regretter le bon vieux temps … Il suffit de se reporter à un article sur la manière dont on imaginait le Web de 2010… en l’an 2000 pour s’en convaincre.

    Et je fais mienne la citation de Bruno Devauchelle « De plus les adultes que nous sommes ont laissé à nos enfants un terrain de jeu formidable et nous leur reprocherions de s’en emparer. Que n’étions-nous pas contents de ces interfaces souris graphique au début des années 80 avec les premiers Macintosh ! Que n’étions-nous pas heureux d’en finir avec les lignes de commande de MS-DOS ! Que ne sommes-nous pas béats de voir nos tout petits accéder à ce monde numérique avant même que de savoir lire et y posons même l’hypothèse d’une nouvelle attention et motivation pour l’apprentissage. »

    Je vais tenter d’explorer l’avenir dans cet article. J’ai un atout en main, je suis déjà confronté à cette génération Z. Mes enfants, aujourd’hui âgés respectivement de 10 ans et demi et 13 ans, sont de la génération Z. Je peux déjà observer leur comportement et l’extrapoler dans l’avenir (quelques lectures m’y ont aidé également, soyons honnêtes).

    La génération Z

    En préambule, il est bon de rappeler comment se situe la génération Z ! Cela semble évident que la génération Z suit logiquement, selon les concepts sociologiques, la génération Y (ceux qui sont nés entre 1978 et 1994, parfois plus connus sous les expressions de digital natives ou net génération), qui elle-même suivait la génération X (1959- 1975 qui pourrait correspondre à la génération 1968 !).

    La génération Z (aussi appelée génération numérique) débute avec les jeunes nés depuis 1995, autrement dit les jeunes de 0 à 15 ans. Une remarque… Une génération dure désormais une quinzaine d’années ce qui tendrait à dire que nous sommes au terme de cette génération Z ! Et donc, pour l’instant, la génération Z est la dernière qui sera à la tête du monde en quelques décennies.

    Ces jeunes et très jeunes enfants représentent près de 18 % de la population mondiale et ont comme caractéristique d’avoir accès à presque tous les outils de communication : internet, téléphones, lecteurs MP3, iPods, Ipad… Ils vivront dans l’ère du nomadisme.

    Ils auront toujours connu ce que nous appelons les TIC ou NTIC : les nouvelles technologies de l’information et de la communication, surtout le web 2.0 et les outils de partage et de collaboration. Ceci leur vaut d’ailleurs en grande partie le surnom de génération C (pour Communication, Collaboration, Connexion et Créativité). On les qualifie également de génération Y’, AA ou Emos (pour émotionnels).

    Il est difficile pour l’instant de juger de leur future culture, toutefois, en s’appuyant sur la théorie américaine des générations où la génération Z est comparé à la génération silencieuse originelle (ceux qui sont nés entre 1925 à 1945), il serait possible de discerner des tendances.

    Cette génération a grandi dans un monde aux évolutions extrêmement rapides. Ils n’ont pas le temps de digérer les évolutions en cours que déjà une nouvelle culture apparaît.

    Il y a fort à parier que ce sont eux qui vivront le mode de travail décrit par Christophe Deschamps dans son livre : le nouveau management de l’information. Ils seront de plain-pied dans la nouvelle organisation du travail où chacun sera associé plutôt qu’employé, professionnel et non travailleur…

    D’ailleurs, fait troublant, les psychologues ont remarqué un changement de comportement radical de la génération Y à la génération de Z. la génération Z ne croit pas à la carrière et aux études traditionnelles.

    Une nouvelle notion de pouvoir apparaîtra où ceux qui sauront analyser et maîtriser l’infobésité et la surcharge informationnelle seront les rois. Car, en effet, l’ordinateur et Internet ne seront plus considérés comme des outils mais comme un média.

    Déjà, on en voit les prémices… Ils utilisent le Web pour communiquer et maintenir le contact (principalement à l’aide de communautés en ligne à l’image de celle que nous connaissons dans les réseaux sociaux) et détournent les outils au service de leurs besoins. Les membres de la génération Z sont dès aujourd’hui des hyper connectés. Gérer contacts virtuels et alimenter leurs réseaux font déjà partie de leur vie courante.

    Autre aspect de leur utilisation, ils jouent collaborativement. La phase de jeu en ligne est un incontournable et d’un jeu à l’autre, ils s’immergeront dans des mondes virtuels.

    Fait marquant également, leur volonté (inculquée par nous ?) de grandir plus vite, dans le sens d’arriver rapidement à l’âge d’adulte (même si ils s’accrochent à leur adolescence plus longtemps) et leur créativité ! Leur côté écolo ne sera pas à négliger dans l’appréciation de leurs usages des technologies de communication et d’information dont ils seront très certainement dépendants. Une grande partie de leur vie se fera dans des mondes virtuels.

    Cela n’enlèvera rien à leur vie sociale très riche (trop diront certains). Nous leur avons inculqué dès leur plus tendre enfance l’importance d’un lien social fort. Il est courant de voir des anniversaires organisés avec une ribambelle de gamins dès 4 ou 5 ans !

    Mais, justement cette connaissance de la vie sociale leur évitera sur le net l’effet de collectionnite dans les divers réseaux. La génération Z fonctionne en qualité des contacts et non en quantité de contacts comme ses prédécesseurs. De même aucune distinction ne sera mise en place entre contact réel ou contact virtuel. Ils auront parfaitement pris la mesure de l’existence des réseaux de liens forts (qu’on pourrait comparaître aux vrais amis actuels) par rapport aux liens faibles (les relations utiles).

    Si la génération Y a tendance à partager assez facilement sa vie privée, y compris avec des inconnus, la génération Z sera plus  » réservée « . Elle a appris de ses aînés à être présente naturellement, y compris avec l’analyse des dérives (commentaires…). On pourrait dire sur ce sujet que la génération Y regroupe les explorateurs et la génération Z, les utilisateurs.

    Et, le partage de la vie privée dans la génération Z est réservé à un nombre très restreint d’invités. La vie privée se partage en toute transparence avec ses liens forts, mais c’est le secret absolu en dehors de ces privilégiés, avec les liens faibles.

    Cela n’empêchera pas que le sentiment de possession disparaîtra au profit de l’usage… Les notions de fidélité et d’engagement telles que nous les connaissons devraient prendre un coup dans l’aile.

    Égocentrique, ils le seront certainement, en tout cas ce qui les intéressera par-dessus tout, ce sera leur propre vie, avec une sensibilité à fleur de peau, notamment contre les injustices !

    En corollaire, leur notion d’espace de liberté est bouleversée, comme celle de leur intimité et donc leur vie privée.

    La vie privée

    Attention, lorsque l’on évoque la vie privée, de ne pas focaliser sur la notion juridique assimilable aux données personnelles. Cependant, et pour cause, même le Code Civil ou le Code Pénal ne donnent pas une définition précise de la vie privée.

    Cet aspect du vocable de la protection de la vie privée dans ce sens correspond à un contrôle sur nos renseignements personnels (systèmes de surveillance et collecte de données personnelles).

    Mais la notion de vie privée est aussi et avant tout une question philosophique : l’étude de la sphère de l’intimité de chacun. D’ailleurs, une recherche sur le net vous assurera de cette situation vu le nombre de devoirs de philosophie ayant comme sujet : la vie privée vs vie publique ou encore le dossier de Philosophie mag, dans son numéro 19 : Vie publique, vie privée : où sont les limites ?

    Mais, les débats acharnés actuellement sur la vie privée sur Internet naissent aussi d’un paramètre géographique. La vie privée est ce qui se déroule dans le domicile privé et par opposition, la vie publique est synonyme de vie en public. Internet fait-il parti de son  «domicile» ou est-il public ?

    Cette géographie de la toile mérite réflexion, car elle est à la fois privée et publique ! Cela dépasse la segmentation entre la vie professionnelle et la vie publique auxquelles on oppose souvent la vie privée.

    La vie privée est au coeur des libertés individuelles où chacun définie ses limites d’ordre strictement personnel. Dans ce monde de confidences, où le public n’est généralement pas admis, l’intimité est de règle (à moins de les dévoiler et donc de les rendre publiques).

    La seule exception admise à la violation de la vie privée, c’est lorsqu’elle provient du pouvoir (reste à mesurer l’abus de pouvoir) pour des raisons majeures (terrorisme, affaires d’état ou simple loi comme celle de la voie publique). Elle reste discutable dans les autres circonstances. La dénonciation à la police de pédophiles par le journaliste de l’émission : les infiltrés pose débat. Nous sommes dans le domaine de la vie privée ! Le plupart du temps, c’est en fonction de ce qui est public que l’on définit la vie privée. Tentons une approche différente.

    Si la vie privée ne concerne pas les autres… reste à chacun à définir ses propres limites (ce que je protège), ce qui est notre intimité, ce qui ne concerne pas les autres (et quels autres), ce qui doit se faire sans témoins ou en nombre très limité…

    D’ailleurs, selon les domaines de la vie privée abordés, ce ne sont pas les mêmes proches qui sont concernés.

    Les aspects de la vie privée sur Internet ressemblent beaucoup aux principales composantes de la vie privée : vie familiale, vie sentimentale, loisirs, santé, moeurs, convictions philosophiques et religieuses, droit à l’image…

    En étudiant la vie privée, l’intime à la part belle. L’intime ne s’adresse qu’aux confidents et aux proches plus ou moins étroitement unis par des liens d’amitié, d’amour… selon les moeurs adoptés par les uns ou les autres.

    Or, des brèches sont ouvertes depuis plusieurs années dans le domaine de l’intimité. L’apparition des notes journalières sur des événements personnels, des émotions, des sentiments et des réflexions intimes : les blogs ouvraient la boîte de Pandore.

    Avant les blogs, on n’envisageait pas la publication des journaux intimes.

    À leur naissance, nous étions tous fascinés et enchantés par ces blogs… Pourtant, l’intimité de l’individu et donc sa vie privée s’ouvrait au nudisme social.

    L’anonymat et les pseudos sont des facteurs qui ont favorisé cette éclosion des blogs. L’impossibilité (pour d’autres utilisateurs) de déterminer la véritable identité d’une personne ou supposée comme telle (Sommes-nous vraiment anonymes ?) permettait d’avoir l’impression de garantir sa vie privée.

    Depuis, les questions d’identité numérique sont à l’honneur y compris désormais la vie privée. Au cours des dernières semaines de nombreuses publications ont traité de la question de la protection de la vie privée sur Internet. Le meilleur exemple sont certainement les deux articles de Jean-Marc Manach : Le point de vue des petits cons qui faisait suite à La vie privée, un problème de vieux cons ?

    Alors, oui une évolution des moeurs est en cours et il est vrai, même si le discours déplait, que Zuckerberg, le fondateur de Facebook, a raison lorsqu’il sous-entend que les générations les plus jeunes n’ont pas la même conception de la vie privée que leurs aînés.

    La plupart des jeunes nés avec Internet ont en effet moins de complexes à diffuser des éléments de vie privée que leurs aînés sur le réseau. C’est autour de la sexualité que le conflit de génération est le plus évident et mis en exergue par le sexting.

    Au passage, le sexe n’est-il pas désormais banalisé comme un loisir ? (sujet du livre : Sex@mour écrit par le sociologue Jean-Claude Kaufmann qui paraît en ce moment).

    Auparavant, la vie privée était régulée par la morale sociale. Aujourd’hui et demain encore plus, elle l’est et le sera par une éthique personnelle de l’individu.

    Notre sacro-sainte vie privée va se réduire comme peau de chagrin. Toutefois, la barrière de la transparence totale de l’individu ne sera pas franchie. L’ambiguïté de la présence sur la toile et du personal branding ne créera plus de paranoïa dans l’avenir. Au contraire, la grande majorité de la génération Z maîtrisera bien mieux qu’on ne l’imagine en général sa vie privée sur la toile. Ils corrigeront les défauts que nous avons !

    La génération Z aura appris à en jouer et à s’en servir pour se mettre en avant avec franchise, honnêteté. Assumer ses paroles et ses actes seront leurs maîtres mots. Ils assumeront parfaitement la protection de leurs vies privées, le droit au secret… tout en gérant le droit d’être vu et exposé sur la toile.

    L’abandon de toute pudeur de la part d’anonymes croyant se hisser ainsi à la hauteur des people sera superflu. La génération Z a compris que ce n’est pas la vie privée qui fait les grands hommes. Après tout, Einstein n’est pas connu pour ce qu’il a dit et fait dans le privé ! Et les Dupont et les Dupond ont une vie privée ordinaire, tout comme Einstein.

    Chaque évolution (révolution) a apporté son lot de changement… Les jeunes des années 60-70 ont fait la révolution sexuelle. La génération Z fera celle de la vie privée. J’ai expliqué par ailleurs que cette révolution, qui se déroule sous nos yeux de façon sous-jacente, est liée à l’arrivée de l’ordinateur et amplifiée avec le succès d’internet.

    Nudisme social ? pourquoi pas. Mais, nos parents ou nos grands-parents n’employaient-ils pas le même type d’expression vis-à-vis du MLF, des libertés engendrées autour de 68 ? Est ce bien, est ce mal ? Quelques décennies plus tard, nous sommes tous d’accord pour dire que cette période chère à la génération X a fait avancer les moeurs dans la société.

    Cette transparence d’un nouveau genre, proposée par la génération Z, fera date à n’en pas douter dans le futur et l’on soulignera alors certainement les bienfaits.

    Si l’on pèse le poids des gains et avantages comparés à celui des inconvénients et des contraintes, pourquoi le fléau ne pencherait-il pas du côté des choix de la génération Z ? La forme d’individualisme à laquelle nous sommes confrontés et qui a donné naissance à l’intimité ne serait-elle pas en train d’exploser avec cette génération Z ?

    Et puis, nous, générations âgées, ne sommes-nous pas des voyeurs, des indiscrets qui regardent par le trou de la serrure, des curieux par nature ? Nous voulons savoir ce que fait l’autre, qui il est.

    Nous cherchons à percer le mystère de la vie privée des autres. Pourquoi ? Pour voir qu’il y a plus heureux ou malheureux que nous ? Pour les effets de miroir ? C’est un peu comme si la connaissance de la vie privée de l’autre faisait partie d’un besoin de pouvoir.

    Parfois, on peut se demander si les réactions des  «vieux» ne sont pas empreintes de la jalousie ou de quelque chose de l’ordre du fantasme s’ils avaient eux-mêmes possédé de tels moyens de communication ? Cela sera beaucoup plus  «naturel » pour la génération Z aussi bien avec leurs liens forts (la garde rapprochée des  «zédiens») qu’avec leurs liens faibles.

    Si l’on considère que la vie privée est ce que l’on choisit de ne pas porter à la connaissance des autres et que l’intime correspond à la pudeur, que l’on décide de montrer ou pas, il y a fort à parier que la génération Z étalera sa vie privée, mais avec une grande pudeur.

    Le no men’s land entre le privé et le public est la tolérance. Reste à être raisonnable tout en sachant que l’interdit social sera beaucoup plus permissif qu’il ne l’est actuellement. Et si Soljenitsyne fournissait les anciens repères :  « Notre liberté se bâtit sur ce qu’autrui ignore de nos existences», qui nous donnera ceux de demain, ceux de la génération Z ?

    Ce texte avait été publié en 2010 pour le blog du modérateur, plus exactement pour le Livre blanc Régions job sur l’identité numérique de l’époque.

    Ce texte est toujours d’actualité comme son homologue publié dans les mêmes conditions : géolocalisation et identité numérique.

  • géolocalisation et identité numérique

    Régulièrement dans les conférences et autres interventions en entreprise ou auprès du grand public, l’une des questions dans la salle tourne toujours autour des données personnelles, des dangers de Big Brother, de l’oubli numérique…

    des données personnelles

    Excusez-moi, mais la question est mal posée ! Il est déjà trop tard pour réfléchir à ce genre de choses. Pourquoi ? Parce que la diffusion des données personnelles et l’exposition de sa vie privée sur le net a été enclenchée depuis longtemps dans ce domaine.

    Ainsi, des études sociologiques en Angleterre ont montré que le téléphone mobile avait supplanté la cigarette en tant que symbole du passage à l’âge adulte pour les jeunes adolescents. Et, je me rappelle qu’au milieu des années 90, nous nous moquions entre enseignants des étudiants qui frimaient avec leur téléphone portable.

    D’un autre côté, sur Internet, nous avons été heureux de pouvoir « communiquer » librement sur ce que l’on nous vendait comme le « grand village mondial ». Peu de personnes ont réagi à l’époque. Certains avaient l’impression que l’on pouvait tout dire ou écrire derrière le paravent de l’écran !

    Et puis, les gourous du Web 2.0 nous ont appris qu’il était nécessaire de partager ! Même des sociétés comme Microsoft ont relayé à leur manière le partage et la collaboration, par exemple dans le « Petit précis de l’efficacité collective – Travailler autrement » paru en 2006.

    Le tout saupoudré d’une tendance : l’immédiateté !

    la géolocalisation

    Voilà pour le côté historique. Enfin, presque, puisque ce qui nous intéresse est la dernière « intrusion » dans notre vie privée : indiquer à tous l’endroit où l’on se trouve dans l’instant par la géolocalisation.

    Pour une personne de mon âge, allez savoir pourquoi, c’est le summum de mes libertés qui sont prises en défaut ! Je ne veux pas faire savoir à la terre entière à quel endroit précis je me trouve ! Mais, contradiction de cinquantenaire, j’aimerais bien parfois pouvoir indiquer à quel endroit précis je suis ! Et là, on en arrive à l’usage.

    Expliquons un peu ce paragraphe. Concernant la géolocalisation, cela fait longtemps que des systèmes scrutent notre position… Rappelez-vous le film concernant la tentative de corruption du match Valenciennes-OM et le témoignage de complaisance sur l’aller-retour d’un Ministre de l’époque sur l’autoroute A1. C’était en 1993. On connaissait son heure de passage aux différents péages. Une forme de géolocalisation…

    Depuis, en 2006, la CNIL a adopté une recommandation relative à la mise en oeuvre de dispositifs destinés à géolocaliser les véhicules automobiles utilisés par les employés d’un organisme privé ou public (Délibération n°2006-066 du 16 mars 2006).

    Comme expliqué dans l’article sur les z’ed : « De l’avenir de la géolocalisation : Foursquare, dismoiou… » , il est possible de géolocaliser facilement un téléphone soit par triangulation, soit, pour les dernières générations, par le GPS intégré. Il est nécessaire que le propriétaire l’autorise. À moins que ce ne soit la police ou l’armée qui fasse une enquête.

    Lors de l’arrivée de Google Latitude, une fonction de Google Maps pour les téléphones portables qui permet à vos correspondants de voir où vous êtes, et inversement, la CNIL a pris position sur ce nouveau dispositif de « traçage » et a rappelé que ce service est soumis à la loi Informatique et Libertés. C’est au premier semestre 2009.

    Cependant, l’utilisateur lambda et l’internaute souhaitent cette localisation « refusée » par les autorités.

    On peut trouver de nombreuses raisons pour le particulier : chat et rencontres organisées, surveillance familiale (il faudrait également réfléchir sur les bienfaits de la surveillance des enfants…) et de personnes vulnérables (nouveaux-nés, Alzheimer, hospitalisés, etc.). Autres usages qui pourraient être intéressants : l’information touristique, événementielle, le restaurant, médecin, etc. le plus proche…

    Et aussi les jeux interactifs et autres applications ludiques. Et puis, l’entreprise peut y trouver son compte avec les services d’offres promotionnelles localisées, les affiches interactives, les coupons de réduction en passant dans le rayon ou devant la devanture d’un magasin.

    L’usage l’emporte assez facilement sur la raison… ce qui introduit une nouvelle dimension à l’exposition de sa vie privée sur les réseaux. Le cas de Foursquare, le système de géolocalisation à la mode, est significatif à cet égard. À la fois jeu et système d’informations sur une ville…, l’usage de Foursquare rappelle ce qui se passait au début de Twitter.

    En effet, les premiers usages correspondaient au « Qu’es-tu en train de faire ? » sur la page d’accueil du service de microblogging. Désormais, suite à l’usage, leur slogan est devenu : « Partagez et découvrez ce qui se produit en ce moment, partout dans le monde. » Autant, la première formulation était intrusive dans le domaine de la vie privée, autant, la seconde ne l’est plus ! Les utilisateurs de Twitter ont modelé l’outil à leur usage. Je ne dis pas que les utilisateurs ne laissent pas de traces dans Twitter, je dis juste qu’ils ont adopté un comportement « raisonnable » à l’utilisation de ce service.

    Il y a fort à parier que les informations laissées dans Foursquare et autres équivalents : dismoioù, Gowalla… après une phase d’apprentissage, pendant laquelle beaucoup de données personnelles seront en jeu, se stabiliseront. D’ailleurs, comme Cyril HIJAR, certains titrent déjà : « La e-reputation à l’heure de la géolocalisation : mon boucher, ce community manager.»

    géolocalisation et identité numérique

    La difficulté concernant l’identité numérique pour les systèmes de localisation concerne peut-être plus la e-réputation des entreprises qui seront sur le devant de la scène grâce à ce marketing local. Personne pour l’instant, ou trop peu de petits commerçants, ne se penche sur ce danger. Pourtant, leur réputation est bien en jeu dans ce type de service.

    Dans l’article de l’avenir de la géolocalisation : Foursquare, dismoiou… sur mon blog, j’évoque le cas d’un café brasserie Lillois où les commentaires ne sont guère flatteurs ! Quand prendront-ils conscience de ce qui est écrit sur eux ?

    Autre perspective à prendre en compte, la notion de partage des jeunes. S’il leur semble naturel de partager beaucoup d’informations de tout type sur la toile, pourquoi ne partageraient-ils pas également leur localisation ? Reste à savoir avec qui ! Car ils partagent certaines choses seulement avec un cercle restreint d’amis !

    Une fois le sujet de la localisation et de la géolocalisation passé, y’a t-il d’autres expositions de sa vie privée sur le Web qui vont prendre le relais ? Oui, c’est certain. Le champ de la vie privée est vaste : ce que j’achète, la traçabilité des aliments jusque dans les fourneaux, la domotique… Cependant, l’optique de la reconnaissance faciale au niveau des images dans les moteurs de recherche m’effraie pour les conséquences.

    Imaginons un peu ! Vous trouvez l’image d’une personne. Vous la soumettez par exemple à Google qui vous « remonte » toutes les images correspondantes en explorant tous les recoins du réseau depuis des années. Lors d’une enquête sur les sites de rencontres, échangistes ou d’exhibition, parfois les archives étaient plus vieilles que le passage du siècle !

    Pour les sceptiques, Google réalise déjà cette prestation au sein de nos propres images dans Picasa (ajout de 2014, désormais Google image propose la recherche d’images sur le net) ! Cela aussi c’est de l’exposition de la vie privée ! Mais, là encore, cela fait longtemps que nous laissons des traces dans ce domaine (y compris parfois par jeu) et dont, nous-même, n’avons plus la mémoire.

    Enfin, d’autres aspects moraux poseront à n’en pas douter question : quid des « relations sexuelles » sur la toile ? Sujet encore tabou dont personne n’ose parler ouvertement. Et si la naissance se vit en direct parfois sur le Web, le mariage… Est-ce que le tabou de la mort fera aussi partie de ce que l’on jettera en pâture sur la toile pour certains, que l’on partagera sans complexe pour les autres comme acte de vie (voir la série de 3 articles sur la mort IRL et mort numérique).

    Ce texte avait été publié en 2010 pour le blog du modérateur, plus exactement pour le Livre blanc Régions job sur l’identité numérique de l’époque.

    Désormais beaucoup de médias sociaux géolocalisent nos actions ce qui rend ce texte toujours actuel comme son homologue publié dans les mêmes conditions : Génération Z et « nudisme social » : vers une redéfinition de la vie privée ?.